Dans ma vie tranquille et folle, il y a l'Amoureux, les Trois Filles, le Bébé, des chats, une grande maison ensoleillée, un job épuisant. Mais il y a aussi la mer quelques fois par année, les livres, les mots pensés comme on respire, les mots tus, les mots d'amour prononcés, des éclats de rire partagés et parfois, des chagrins.
Des silences, aussi.


mercredi 2 février 2011

Tempête

Il y a eu, début janvier, le soleil et la mer d’Antigua. Quatorze jours bénis loin du froid de l’hiver.

Je croyais en revenir reposée et surtout, apaisée. Ça a été plutôt le contraire et la violence du retour a été brutale. Le contraste entre la femme que je deviens sous un climat tropical et celle que je suis ici me renverse chaque fois de plus en plus. Et non, c’est pas juste une question d’être en vacances.

D’abord, y a le climat. Toute petite, je pleurais littéralement de rage lorsque je sortais l’hiver. La froidure des journées me révoltait. Le nez qui coulait, les mitaines de laine tricotées par ma grand-mère qui se mouillaient puis prenaient inévitablement l’eau, l’haleine qui gelait et grenaillait dans le foulard qui me piquait le cou, tout ça me foutait la nausée et me mettait en rogne.

Je ne m’y suis jamais faite et c’est la même colère qui m’habite encore chaque fois que je mets le nez dehors. Même pas deux minutes et j’ai les épaules accrochées au lobe des oreilles. Et puis c'est comme si tout mon corps était destiné à vivre pieds nus, sous le soleil. Sur une île, il n'y a plus d'asthme, plus d'arthrite, plus d'arythmie.

Désormais, je ressens également un malaise immense face à mon rythme de vie. Les heures perdues chaque semaine dans le trafic. Quinze heures, quand ça va pas trop pire – ce n’est pas rien. Le stress. Le Petit Coiffé, gestionnaire hyper micro, qui s’attarde indéfiniment devant la ponctuation d’un document et enlise ainsi toute l’équipe, créant de ce fait des embouteillages et des délais irraisonnés et surtout, inutiles. Les réunions qui se transforment en soliloque masturbatoire et planifiées dernière minute à 16 h 30, prolongeant ainsi la journée indument. Ma vie personnelle qui s’étiole, malgré tous les efforts que je fais, parce que je ne contrôle pas mes horaires professionnels. La rat race perpétuelle. La course aux sous. La fatigue dont je ne vois jamais le bout.

Pu capable.

Je n’ai jamais été le type de personne à détester une situation tout en ne faisant rien pour la régler. J’avais trois enfants, j’avais quitté le marché du travail pour être avec eux à plein temps, je n’avais pas un sou à moi, mais quand mon couple s’est défait et m’est devenu insupportable, je suis repartie à zéro, en laissant tout derrière – sauf mes filles, évidemment. Jamais accepté d’aide financière, même pas de leur papa. Il y a un peu plus de dix ans de cela et je ne l’ai jamais regretté.

Alors là, je fais quoi ?

Je réfléchis à la vie que j’aimerais avoir, je soupèse les sacrifices que je suis prête à faire mais surtout, j’essaie de définir ce dont j’ai vraiment envie. Je veux faire quoi, quand je vais être grande ? Et c’est pas le Grenier aux emplois qui semble détenir la réponse à cette question.