Dans ma vie tranquille et folle, il y a l'Amoureux, les Trois Filles, le Bébé, des chats, une grande maison ensoleillée, un job épuisant. Mais il y a aussi la mer quelques fois par année, les livres, les mots pensés comme on respire, les mots tus, les mots d'amour prononcés, des éclats de rire partagés et parfois, des chagrins.
Des silences, aussi.


lundi 27 décembre 2010

Ma tablette i-Pad et moi

C’est de loin l’objet technologique le plus intime que j’aie possédé.

L’idée de départ, c’était de pouvoir trimballer plusieurs livres lors de mes déplacements sans qu’il ne m’en coûte des douleurs à l’épaule pour cause de sacoche débordante. Déjà que mon sac-à-main, c’est en fait un sac à laptop et qu’il déborde de trucs personnels, alors quand j’y rajoute deux ou trois bouquins, ben là, allô Quasimodo. Et il est où, mon tube de Voltaren déjà ?

C’est que, de un, je voyage régulièrement pour le travail, ce qui fait que je passe pas mal d’heures dans des aéroports et des chambres d’hôtels. De deux : je lis beaucoup, et très vite. Le résultat ? Un déplacement de trois jours à Edmonton1 m’amène à traîner avec moi un minimum de quatre romans. Sinon, ça rate pas : je me retrouve en état de panique à farfouiller dans les Pages jaunes de la commode de ma chambre d’hôtel, à la recherche d’une librairie ou, au pire, d’une pharmacie, question de combler le vide littéraire. Y a une section de ma bibliothèque à la maison dédiée à ce que j’appelle mes livres d’aéroport : invariablement en anglais, récemment publiés, sur la liste des Bestsellers de je-ne-sais-plus-trop-quel quotidien canadien. Zont tous le petit sceau doré dans le coin supérieur droit affirmant que c’est très très bon. Remarquez, j’ai lu de très bons bouquins de cette manière, et bon, ça maintient la qualité de mon anglais écrit, de le lire ainsi, mais la crise de panique elle-même est de trop. Et puis mon épaule de vieille dame2 se passe très bien du poids, merci.

Bref, la tablette accomplit le miracle de me libérer du poids de mes lectures, et de me permettre de rajouter autant d’ouvrages que je le souhaite, et ce, où et quand je le veux. Par contre, pour ce qui est des ouvrages en français, faudra repasser : y a beau y avoir l’Entrepôt numérique et la Librairie Mosaïque et quelques autres, je n’y trouve rien d’intéressant que je n’aie pas déjà lu. Excellent pour mon bilinguisme et mes bursites, moins génial pour ma culture littéraire, en somme.

Ce qui m’a étonnée, ca a été de constater la place que cet objet qui n’est en soit qu’une belle bébelle Apple a prise dans ma vie. J’ai dit intime, au début de ce message – et ça l’est. La tablette ne devient utile que lorsque qu’elle a été personnalisée par l’ajout d’applications qui répondent à des besoins bien spécifiques et individuels. L’Amoureux et moi en avons chacun une – et elles ne se ressemblent en rien. La mienne fait désormais office, entre autres usages, de livre de recettes regroupant toutes mes recettes ainsi que celles que j’ai colligées au fil du temps et des sites Web. Peu importe où je suis, je peux savoir instantanément quelles sont les étoiles qui brillent au-dessus de ma tête et le temps qu’il fera le lendemain. Mes magazines y sont déposés dès leur parution – et je ne me salis plus jamais les doigts.

C’est l’amour, bref. Là où j’ai un frisson pas trop plaisant, c’est que mon job, c’est dans l’édition. (On retient les manuscrits, svp, je n’ai rien à voir avec les domaines littéraire et grand public !) Bien que je ne croie pas que les tablettes numériques puissent porter atteinte au livre vraiment, je m’inquiète pour les auteurs – vendus à rabais, ce qui ne devrait pas être, les éditions numériques minimisent de ce fait les redevances qui leur sont versées, à moins que l’entente diffère, ce que je ne sais pas. Et puis veux, veux pas, impossible qu’il ne s’en copie pas, des livres – comment stopper ce pillage ?

L’autre hic, c’est que je constate que la tablette modifie mon comportement de lectrice et je m’en inquiète. Jusqu’à récemment, alors que j’avais un bouquin dans les mains, rien n’interrompait ma lecture. Concentrée, je plongeais totalement dans l’histoire, pour n’en ressortir que lorsque nécessaire : faut bien travailler. (Sentez tout l’enthousiasme exprimé dans cette affirmation ?) Mais là, rien n’est plus pareil : sur la tablette, je lis avec toute l’attention d’une perruche face à un grelot et un miroir. Après deux ou trois paragraphes, je jette un coup d’œil à Facebook, question de savoir si Fille aînée y a déposé une nouvelle photo de Bébé. Ou bien je vais voir quel temps il fera, demain. Mitaines et tuques et une pile de Kleenex dans la sacoche, ou bien les souliers doublés et des petits gants, ça ira ? Et du coup, j’envoie deux lignes à l’Amoureux : on mange quoi pour souper chéri ?

Non mais c’est quoi, ça ?

________________

1. Je me déplace beaucoup pour le travail, oui -- mais j'ai jamais prétendu que c'était vers des destinations exotiques.

2. Ce que je ne suis pas. Quand même patencore.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire