Dans ma vie tranquille et folle, il y a l'Amoureux, les Trois Filles, le Bébé, des chats, une grande maison ensoleillée, un job épuisant. Mais il y a aussi la mer quelques fois par année, les livres, les mots pensés comme on respire, les mots tus, les mots d'amour prononcés, des éclats de rire partagés et parfois, des chagrins.
Des silences, aussi.


mardi 28 décembre 2010

Les bricolages

Chaque année, quand je fais le sapin, je tombe sur des bricolages de Noël que les Trois filles ont fait une année ou une autre, et je m’étonne de me rappeler avec précision l’instant précis où elles m’avaient offert leur précieux ornement, moi qui peine à retrouver ma voiture dans le parking du centre commercial, même quand il est à moitié vide. Je les ai tous gardés, mais évidemment, un sacrifice rituel est fait presque chaque an au Grand-dieu-de-l’âtre, parce que y a toujours une limite à la pérennité d’une gugusse de styro ou de carton qui ne tient que par trois bouts de scotch qui se décollent inévitablement, poussière et temps aidant. On noie le chagrin de ces pertes dans un chocolat chaud agrémenté de Bailey’s, et on se console en accrochant les décorations qui tiennent toujours le coup, en grattant de l’ongle le film de poussière qui les recouvre – mais pas trop, parce qu’on soupçonne que c’est cette même poussière qui en retient probablement les morceaux. Et puis ça fait décoller les petits bouts de paillettes, aussi – un crime.

Cette année, c’est le sapin tridimensionnel en carton, orné de boules (octogonales) de papier alu qui a rendu l’âme. Dur coup, vu que dessus, il était écrit Je t’aime maman.

Noël dernier, je me disais que mon stock de décorations maison se raréfiait de plus en plus rapidement, et que bientôt, il n’en resterait plus.

Pour être franche, c’est pas vraiment que ça m’attristait. J’avoue avoir célébré le jour où j’ai constaté que plus aucun dessin ou bricolage n’était accroché à ma porte de frigo, d’autant plus qu’en général, la moitié de ces trucs tombaient au sol chaque fois que je voulais du lait ou le beurre, conséquence du poids de l’œuvre ou de la piètre qualité du machin aimanté le retenant. Souvent un combo des deux. Je me rappelle douloureusement un coucher de soleil en macaroni tombant sur une forêt de brocolis en feutrine sur troncs de bâtons de popsicle, collés à grand renfort de colle à bois sur carton 12 points qui se jetait immanquablement en bas du frigo chaque fois que je passais dans la cuisine. Douloureusement, parce qu’à cette époque, j’avais très mal au dos et que c’était l’enfer me pencher. Douloureusement aussi parce que chaque fois, y avait un élément de ce ma-gni-fi-que tableau qui décollait, roulait sous le frigo assez loin pour qu’on ne puisse le récupérer sans crainte de réveiller le Monstre de moumousse qui s’y cache et dont j’ai une peur terrible, et causait une crise de larme de Petite chérie, qui en était l’artisane.

Les années ont passées, d’abord tranquillement, et puis à un rythme effréné. On a tous vieilli – pas question que j’assume le poids de ce vieillissement toute seule, quand même. Fille aînée a désormais 22 ans ; La belle naufragée, 21 ans et Petite chérie, 19 ans. Moi, j’en ai 48, bien sonnée – pas de s : c’est moi qui suis bien sonnée par cet âge vénérable qui, chaque fois que j’y réfléchis un peu, me surprend. Quarante-huit ans, vraiment ? Z’êtes sûr ? Mais j’ai beau compter sur mes doigts ou utiliser la calculette, le verdict est toujours le même. Eh ben.

Les Trois filles bricolent désormais via Facebook, sans colle ni ciseaux, à grands coups de mots et de photos lancés dans l’univers. Je les attrape au passage, en conserve très peu parce qu’ils fleurent souvent le vinaigre. Mais cette année, juste comme je me disais que l’ère des œuvres maison était définitivement terminée, Fille ainée nous a fabriqué un bricolage nouveau genre, qu’elle nous a présenté en juillet. Polaroid noir et blanc en main, comme une esquisse de la création à venir : Bébé.

Et donc cette année, à Noël, Bébé était avec nous. Déjà, Noël est redevenu une occasion de bricolage. Fille aînée nous a offert un ornement de Noël beau comme un bijou précieux, sur lequel est enchâssée une photo de Bébé. Et a déposé sur mon ordi un montage artistique composé de 60 photos de Bébé et elle.

Tasse de café à la main, assise sur un tabouret de cuisine en plein cœur d’une flaque de soleil, j’ai regardé ma porte de frigo ce matin, blanche, immaculée et je me suis dis que bientôt, elle serait à nouveau recouverte d’une foule de dessins et petites œuvres, et j’ai souri. J’ai hâte.

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