Dans ma vie tranquille et folle, il y a l'Amoureux, les Trois Filles, le Bébé, des chats, une grande maison ensoleillée, un job épuisant. Mais il y a aussi la mer quelques fois par année, les livres, les mots pensés comme on respire, les mots tus, les mots d'amour prononcés, des éclats de rire partagés et parfois, des chagrins.
Des silences, aussi.


mardi 28 décembre 2010

L’éloge de la fuite

Hier soir, l’Amoureux et moi, on a vu Mange prie aime. Il a beaucoup apprécié ce film, ce qui en dit quand même pas mal sur lui, ou du moins, sur un volet de sa personnalité. Décidément féminin, ce volet, on s’entend.Ça fait partie de son charme. (Et aussi, les matins de weekend où il ne s'est pas rasé et qu'il est tout décoiffé, il ressemble à Javier Bardem. Avec des yeux bleus comme la mer.)

Moi, j’avais lu le bouquin en anglais il y a quelques années. Une autre de mes lectures d’aéroport, je ne le cacherai pas : s’agit qu’on me vante les mérites d’un livre pour que je m’en tienne à distance, ce qui était évidemment le cas pour l’oeuvre de madame Gilbert. Même ma coiffeuse insistait, elle qui ne lit jamais. Y a pas pire façon de me vendre un truc à lire ou à voir que de m’annoncer d’un ton insistant qu’il FAUT ABSOLUMENT QUE JE. Chaque fois, j’ai l’attention et l’intérêt qui se transforment en roadrunners et qui filent loin loin loin à l’horizon. Bip ! Bip ! Non merci, ça ira, ça fait dans ma tête – mais je garde toujours un sourire poli aux lèvres. Quand même. Je ne peux tout de même pas me mettre à convulser comme une enfant devant une assiette de brocolis en criant que Non non non, j’en veux pas, bon.

Alors pour Mange prie aime, on m’aurait menacée que j’aurais toujours refusé de le lire, prétextant soit une migraine permanente, soit une cécité temporaire, mais panne sèche à Calgary aidant – panne sèche de lectures, s’entend -- j’ai plié : entre ça et un Harlequin avec le mec au torse dénudé et musclé et la fille en bustier en C1, le choix était aisé. (Pour ceux qui ne seraient pas sûrs : j’ai pas choisi le Harlequin.)

Franchement, moi, je serais restée en Italie. D’abord, j’adore la cuisine italienne, ma préférée entre toutes. Et puis gesticuler en parlant, en riant et en buvant, y a rien qui me plaise davantage, de multiples taches sur mes nappes en faisant foi. Peut-on vraiment se lasser de l’amarone, des pasta e faglioli et de la Dolce farniente ? I think not. (Étalage manifeste ici de mon multiculturalisme, j’espère que vous l’avez remarqué. Je ne voudrais tout de même pas perdre mon temps à apprendre plein d’affaires sans que ça serve.)

Des églises, il y en a plein en Italie. Y a le Pape, même ! Ça irait pour le Prie. Quant à Aime : come on, avec des italiens partout ? Pas un problème.

L’autre truc qui fait que pour moi, ça colle pas (bien que je ne nie pas que pour elle, ça a fonctionné pas à peu près), c’est que j’ai pas pu m’empêcher de réfléchir sur certains des points que soulève directement (ou pas) cette lecture. De un : quand ça va pas, faut-il nécessairement aller voir ailleurs si on y est pour se rétablir pleinement et comprendre qui l’on est et ce qu’on veut ? Pourquoi se trouve-t-on toujours ailleurs, et jamais à l’intérieur de soi ? Ça peut pas se faire calmement, dans sa propre cuisine entre deux fournées de galettes à l’avoine ? Parce qu’on s’entend qu’un billet d’avion Montréal – Toronto, c’est pas donné, et que le week-end au Spa Eastman, ça fait déjà mal au budget longtemps, alors l’Italie, l’Inde et Bali, sur un an, c’est pas à la portée de la première 450 venue.

Autre chose : peut-on trouver son équilibre et la sérénité uniquement par le biais de la spiritualité ? L’Humain a-t-il nécessairement besoin d’un gourou et/ou d’un Temple pour accéder à des paliers croissants de zentitude ? (Oui, zen-ti-tu-de. Je me dis : Quand on n’a pas peur des mots, on n’a pas peur d’en inventer.)

Parfois je rêve de tout claquer, parce que j’ai le sentiment de ne pas m’être accomplie pleinement, de ne pas avoir réalisé tout ce que j’aurais pu être. Mais je n’y réfléchirais pas aux antipodes, et je n’irais pas trop loin. Je remettrais ma démission au Petit Coiffé, je vendrais la maison, je déménagerais dans un tout petit village de type pittoresque, c’est-à-dire où trainent des touristes, et j’ouvrirais un bistro. Aux murs, il y aurait des étagères remplies de livres et au comptoir, des bons vins. Une connexion WiFi aussi. J’y passerais la journée à faire ce que j’adore, soit mitonner des petites choses, et lire au soleil. En sirotant tranquillement un verre d’amarone. (Attention, chaque détail est important ici : la fonction première du village pittoresque et des touristes étant de me permettre de vendre une tarte maison à un prix absolument exorbitant sans que personne ne s’en offusque, question d’avoir encore plus de temps pour lire et écrire.)

Et je n’irais pas à la messe. Mais je ferais pousser mes légumes. Avec l'Amoureux.

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