Dans ma vie tranquille et folle, il y a l'Amoureux, les Trois Filles, le Bébé, des chats, une grande maison ensoleillée, un job épuisant. Mais il y a aussi la mer quelques fois par année, les livres, les mots pensés comme on respire, les mots tus, les mots d'amour prononcés, des éclats de rire partagés et parfois, des chagrins.
Des silences, aussi.


mercredi 2 février 2011

Tempête

Il y a eu, début janvier, le soleil et la mer d’Antigua. Quatorze jours bénis loin du froid de l’hiver.

Je croyais en revenir reposée et surtout, apaisée. Ça a été plutôt le contraire et la violence du retour a été brutale. Le contraste entre la femme que je deviens sous un climat tropical et celle que je suis ici me renverse chaque fois de plus en plus. Et non, c’est pas juste une question d’être en vacances.

D’abord, y a le climat. Toute petite, je pleurais littéralement de rage lorsque je sortais l’hiver. La froidure des journées me révoltait. Le nez qui coulait, les mitaines de laine tricotées par ma grand-mère qui se mouillaient puis prenaient inévitablement l’eau, l’haleine qui gelait et grenaillait dans le foulard qui me piquait le cou, tout ça me foutait la nausée et me mettait en rogne.

Je ne m’y suis jamais faite et c’est la même colère qui m’habite encore chaque fois que je mets le nez dehors. Même pas deux minutes et j’ai les épaules accrochées au lobe des oreilles. Et puis c'est comme si tout mon corps était destiné à vivre pieds nus, sous le soleil. Sur une île, il n'y a plus d'asthme, plus d'arthrite, plus d'arythmie.

Désormais, je ressens également un malaise immense face à mon rythme de vie. Les heures perdues chaque semaine dans le trafic. Quinze heures, quand ça va pas trop pire – ce n’est pas rien. Le stress. Le Petit Coiffé, gestionnaire hyper micro, qui s’attarde indéfiniment devant la ponctuation d’un document et enlise ainsi toute l’équipe, créant de ce fait des embouteillages et des délais irraisonnés et surtout, inutiles. Les réunions qui se transforment en soliloque masturbatoire et planifiées dernière minute à 16 h 30, prolongeant ainsi la journée indument. Ma vie personnelle qui s’étiole, malgré tous les efforts que je fais, parce que je ne contrôle pas mes horaires professionnels. La rat race perpétuelle. La course aux sous. La fatigue dont je ne vois jamais le bout.

Pu capable.

Je n’ai jamais été le type de personne à détester une situation tout en ne faisant rien pour la régler. J’avais trois enfants, j’avais quitté le marché du travail pour être avec eux à plein temps, je n’avais pas un sou à moi, mais quand mon couple s’est défait et m’est devenu insupportable, je suis repartie à zéro, en laissant tout derrière – sauf mes filles, évidemment. Jamais accepté d’aide financière, même pas de leur papa. Il y a un peu plus de dix ans de cela et je ne l’ai jamais regretté.

Alors là, je fais quoi ?

Je réfléchis à la vie que j’aimerais avoir, je soupèse les sacrifices que je suis prête à faire mais surtout, j’essaie de définir ce dont j’ai vraiment envie. Je veux faire quoi, quand je vais être grande ? Et c’est pas le Grenier aux emplois qui semble détenir la réponse à cette question.

mercredi 29 décembre 2010

Mères

Je constate via mes lectures qu’il y a beaucoup de mamans sur la blogosphère et j’adore lire leurs blogs. D’abord, la dernière chose dont j’aie envie, c’est de discuter boulot. Et puis peu importe ce que j’aie pu accomplir professionnellement, je m’identifie toujours beaucoup plus à la part de moi qui est et sera toujours une maman, plutôt qu’à la carriériste que je ne serai jamais vraiment. Je ne me suis jamais sentie plus comblée que durant les années vécues avec les Trois Filles, maman à la maison à temps plein. Et ce, malgré la disette financière, malgré le couple qui prenait l’eau. J’ai bricolé, cuisiné et cousu des tonnes de trucs, question d’épargner des sous ; j’ai tu bien des mots, quitte à m’engourdir l’esprit, question d’épargner mon couple. Mais je suis reconnaissante pour chacune des journées partagées avec mes enfants.

Je dis souvent que la trace la plus importante que l’on puisse laisser de soi dans l’univers, c’est à travers nos enfants qu’elle se perpétue. (Évidemment, le mec qui a conçu la Tour Effel ou peint les fresques de la Chapelle Sixtine crée une faille de taille dans ce magnifique raisonnement, mais je vais choisir de l’ignorer ici.)

Mes grands-parents maternels ont eu une présence marquante dans ma vie et je bénis le ciel qu’ils aient été si près de moi. Sans eux, je serais beige et matte, ce qui est génial pour un fond de teint, mais pas fort point de vue personnalité. Les Trois Filles savent tout l’amour que je ressens à ce jour encore pour Jules Omer et Rosaline. (Qui, chacun, détestait son prénom, mais ça c’est une autre histoire.)

En août, Fille Aînée m’avait annoncé vouloir prénommer Bébé Rosalie, en l’honneur de ma grand-mère, ce qui m’avait à la fois heureusement surprise et touchée, Fille Aînée ne l’ayant que très peu connue. Du coup, j’ai regretté de ne pas y avoir pensé, moi ; j’ai eu trois filles, bordel, me semble qu’il y en a au moins une qui aurait pu porter le prénom de ma grand-mère adorée, ou du moins, une variation de ce prénom ? Ben non. Je n’y ai pas pensé. Brillante, la fille quand même, non ?

Encore fallait-il que Bébé nous fasse la grâce d’être une fille. Je me range subito dans le camp de Team Rosalie, question de ne pas laisser Team Simon prendre trop de place dans notre imaginaire, des fois que ça puisse faire une différence. Et on se met à compter avec impatience les jours avant La Révélation.

Manque de pot : la dite échographie devait avoir lieu alors que j’étais aux Iles Turquoises avec l’Amoureux. Je fais donc promettre à Fille Aînée, qui habite chez moi durant notre absence – faut bien que quelqu’un veille sur les trois chats et s’assure qu’ils ne se dévorent pas entre eux – de nous appeler là-bas dès qu’elle reviendrait de l’échographie.

Fille Aînée : Maman ? (Fille Aînée a 22 ans mais chaque dialogue, virtuel ou non, débute invariablement par Maman ? Avouez que c’est tout de même plus sympa que Mère !, choix ô combien sarcastique de Petite chérie.)

Moi, calmement : Oui ? (Notez ma retenue. Je n’en peux plus de ne pas savoir et j’ai juste envie de crier dans le combiné parce que tout de même, les Îles Turquoises, c’est loin, et ça rate pas, le cerveau se dit, Faut que je parle plus fort.)

Fille Aînée J’arrive tout juste de l’échographie, là.

Moi, serrant les dents : (…)

Oui bon, on s’en doutait, l’entente étant, Appelle-moi quand tu reviendras de l’échographie. J’attends, donc, question de ne pas poser LA question.

Fille Aînée : Tout est beau. Bébé se développe normalement. Je revois le médecin dans trois semaines.

Moi, qui mentalement, lui fais subir les pires tortures pour qu’elle finisse par me dire ce que je veux savoir, zut : Ah, c’est bien, je suis contente. Elle est gentille, la doc ?

Fille Aînée : Oui oui, je l’aime bien.

Moi : (…)

Fille Aînée : (…)

Je ne comprends pas pourquoi la petite chipie me fait souffrir ainsi. Je l’imagine, se mordant les lèvres pour ne pas rire. Mais je suis têtue, pas mal plus qu’elle, et je ne poserai pas LA question.

Oh, et puis finalement peut-être pas aussi têtue qu’elle :

Moi : Et puis, c’est un garçon ou une fille ?

Fille Aînée : C’est un garçon.

Moi : Mais qu’est-ce qu’on fait ? On le garde quand même ?

Fille Aînée : éclate de rire

Moi : Um. Et je suppose que Jules Omer, c’est hors de question ?

Ben oui, c’était hors de question. Alors Rosalie, ca sera pour la prochaine fois. Peut-être.

mardi 28 décembre 2010

L’éloge de la fuite

Hier soir, l’Amoureux et moi, on a vu Mange prie aime. Il a beaucoup apprécié ce film, ce qui en dit quand même pas mal sur lui, ou du moins, sur un volet de sa personnalité. Décidément féminin, ce volet, on s’entend.Ça fait partie de son charme. (Et aussi, les matins de weekend où il ne s'est pas rasé et qu'il est tout décoiffé, il ressemble à Javier Bardem. Avec des yeux bleus comme la mer.)

Moi, j’avais lu le bouquin en anglais il y a quelques années. Une autre de mes lectures d’aéroport, je ne le cacherai pas : s’agit qu’on me vante les mérites d’un livre pour que je m’en tienne à distance, ce qui était évidemment le cas pour l’oeuvre de madame Gilbert. Même ma coiffeuse insistait, elle qui ne lit jamais. Y a pas pire façon de me vendre un truc à lire ou à voir que de m’annoncer d’un ton insistant qu’il FAUT ABSOLUMENT QUE JE. Chaque fois, j’ai l’attention et l’intérêt qui se transforment en roadrunners et qui filent loin loin loin à l’horizon. Bip ! Bip ! Non merci, ça ira, ça fait dans ma tête – mais je garde toujours un sourire poli aux lèvres. Quand même. Je ne peux tout de même pas me mettre à convulser comme une enfant devant une assiette de brocolis en criant que Non non non, j’en veux pas, bon.

Alors pour Mange prie aime, on m’aurait menacée que j’aurais toujours refusé de le lire, prétextant soit une migraine permanente, soit une cécité temporaire, mais panne sèche à Calgary aidant – panne sèche de lectures, s’entend -- j’ai plié : entre ça et un Harlequin avec le mec au torse dénudé et musclé et la fille en bustier en C1, le choix était aisé. (Pour ceux qui ne seraient pas sûrs : j’ai pas choisi le Harlequin.)

Franchement, moi, je serais restée en Italie. D’abord, j’adore la cuisine italienne, ma préférée entre toutes. Et puis gesticuler en parlant, en riant et en buvant, y a rien qui me plaise davantage, de multiples taches sur mes nappes en faisant foi. Peut-on vraiment se lasser de l’amarone, des pasta e faglioli et de la Dolce farniente ? I think not. (Étalage manifeste ici de mon multiculturalisme, j’espère que vous l’avez remarqué. Je ne voudrais tout de même pas perdre mon temps à apprendre plein d’affaires sans que ça serve.)

Des églises, il y en a plein en Italie. Y a le Pape, même ! Ça irait pour le Prie. Quant à Aime : come on, avec des italiens partout ? Pas un problème.

L’autre truc qui fait que pour moi, ça colle pas (bien que je ne nie pas que pour elle, ça a fonctionné pas à peu près), c’est que j’ai pas pu m’empêcher de réfléchir sur certains des points que soulève directement (ou pas) cette lecture. De un : quand ça va pas, faut-il nécessairement aller voir ailleurs si on y est pour se rétablir pleinement et comprendre qui l’on est et ce qu’on veut ? Pourquoi se trouve-t-on toujours ailleurs, et jamais à l’intérieur de soi ? Ça peut pas se faire calmement, dans sa propre cuisine entre deux fournées de galettes à l’avoine ? Parce qu’on s’entend qu’un billet d’avion Montréal – Toronto, c’est pas donné, et que le week-end au Spa Eastman, ça fait déjà mal au budget longtemps, alors l’Italie, l’Inde et Bali, sur un an, c’est pas à la portée de la première 450 venue.

Autre chose : peut-on trouver son équilibre et la sérénité uniquement par le biais de la spiritualité ? L’Humain a-t-il nécessairement besoin d’un gourou et/ou d’un Temple pour accéder à des paliers croissants de zentitude ? (Oui, zen-ti-tu-de. Je me dis : Quand on n’a pas peur des mots, on n’a pas peur d’en inventer.)

Parfois je rêve de tout claquer, parce que j’ai le sentiment de ne pas m’être accomplie pleinement, de ne pas avoir réalisé tout ce que j’aurais pu être. Mais je n’y réfléchirais pas aux antipodes, et je n’irais pas trop loin. Je remettrais ma démission au Petit Coiffé, je vendrais la maison, je déménagerais dans un tout petit village de type pittoresque, c’est-à-dire où trainent des touristes, et j’ouvrirais un bistro. Aux murs, il y aurait des étagères remplies de livres et au comptoir, des bons vins. Une connexion WiFi aussi. J’y passerais la journée à faire ce que j’adore, soit mitonner des petites choses, et lire au soleil. En sirotant tranquillement un verre d’amarone. (Attention, chaque détail est important ici : la fonction première du village pittoresque et des touristes étant de me permettre de vendre une tarte maison à un prix absolument exorbitant sans que personne ne s’en offusque, question d’avoir encore plus de temps pour lire et écrire.)

Et je n’irais pas à la messe. Mais je ferais pousser mes légumes. Avec l'Amoureux.

Les bricolages

Chaque année, quand je fais le sapin, je tombe sur des bricolages de Noël que les Trois filles ont fait une année ou une autre, et je m’étonne de me rappeler avec précision l’instant précis où elles m’avaient offert leur précieux ornement, moi qui peine à retrouver ma voiture dans le parking du centre commercial, même quand il est à moitié vide. Je les ai tous gardés, mais évidemment, un sacrifice rituel est fait presque chaque an au Grand-dieu-de-l’âtre, parce que y a toujours une limite à la pérennité d’une gugusse de styro ou de carton qui ne tient que par trois bouts de scotch qui se décollent inévitablement, poussière et temps aidant. On noie le chagrin de ces pertes dans un chocolat chaud agrémenté de Bailey’s, et on se console en accrochant les décorations qui tiennent toujours le coup, en grattant de l’ongle le film de poussière qui les recouvre – mais pas trop, parce qu’on soupçonne que c’est cette même poussière qui en retient probablement les morceaux. Et puis ça fait décoller les petits bouts de paillettes, aussi – un crime.

Cette année, c’est le sapin tridimensionnel en carton, orné de boules (octogonales) de papier alu qui a rendu l’âme. Dur coup, vu que dessus, il était écrit Je t’aime maman.

Noël dernier, je me disais que mon stock de décorations maison se raréfiait de plus en plus rapidement, et que bientôt, il n’en resterait plus.

Pour être franche, c’est pas vraiment que ça m’attristait. J’avoue avoir célébré le jour où j’ai constaté que plus aucun dessin ou bricolage n’était accroché à ma porte de frigo, d’autant plus qu’en général, la moitié de ces trucs tombaient au sol chaque fois que je voulais du lait ou le beurre, conséquence du poids de l’œuvre ou de la piètre qualité du machin aimanté le retenant. Souvent un combo des deux. Je me rappelle douloureusement un coucher de soleil en macaroni tombant sur une forêt de brocolis en feutrine sur troncs de bâtons de popsicle, collés à grand renfort de colle à bois sur carton 12 points qui se jetait immanquablement en bas du frigo chaque fois que je passais dans la cuisine. Douloureusement, parce qu’à cette époque, j’avais très mal au dos et que c’était l’enfer me pencher. Douloureusement aussi parce que chaque fois, y avait un élément de ce ma-gni-fi-que tableau qui décollait, roulait sous le frigo assez loin pour qu’on ne puisse le récupérer sans crainte de réveiller le Monstre de moumousse qui s’y cache et dont j’ai une peur terrible, et causait une crise de larme de Petite chérie, qui en était l’artisane.

Les années ont passées, d’abord tranquillement, et puis à un rythme effréné. On a tous vieilli – pas question que j’assume le poids de ce vieillissement toute seule, quand même. Fille aînée a désormais 22 ans ; La belle naufragée, 21 ans et Petite chérie, 19 ans. Moi, j’en ai 48, bien sonnée – pas de s : c’est moi qui suis bien sonnée par cet âge vénérable qui, chaque fois que j’y réfléchis un peu, me surprend. Quarante-huit ans, vraiment ? Z’êtes sûr ? Mais j’ai beau compter sur mes doigts ou utiliser la calculette, le verdict est toujours le même. Eh ben.

Les Trois filles bricolent désormais via Facebook, sans colle ni ciseaux, à grands coups de mots et de photos lancés dans l’univers. Je les attrape au passage, en conserve très peu parce qu’ils fleurent souvent le vinaigre. Mais cette année, juste comme je me disais que l’ère des œuvres maison était définitivement terminée, Fille ainée nous a fabriqué un bricolage nouveau genre, qu’elle nous a présenté en juillet. Polaroid noir et blanc en main, comme une esquisse de la création à venir : Bébé.

Et donc cette année, à Noël, Bébé était avec nous. Déjà, Noël est redevenu une occasion de bricolage. Fille aînée nous a offert un ornement de Noël beau comme un bijou précieux, sur lequel est enchâssée une photo de Bébé. Et a déposé sur mon ordi un montage artistique composé de 60 photos de Bébé et elle.

Tasse de café à la main, assise sur un tabouret de cuisine en plein cœur d’une flaque de soleil, j’ai regardé ma porte de frigo ce matin, blanche, immaculée et je me suis dis que bientôt, elle serait à nouveau recouverte d’une foule de dessins et petites œuvres, et j’ai souri. J’ai hâte.

lundi 27 décembre 2010

Travail et famille

Lu dans La Presse : Conciliation difficile pour les astronautes (vu l'éloignement, bla bla bla).

Bien que je compatisse avec la pauvre chérie de Monsieur l'Astronaute, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que le choix de cette profession -- et de la personne l'exerçant comme partenaire de vie -- se fait en toute connaissance de cause et qu'il est plutôt prévisible qu'à 350 km de la Terre, la conciliation travail famille puisse s'avérer complexe, sinon quasi impossible. N'en demeure pas moins qu'il s'agit ici d'un très faible pourcentage de la population, non ? Veux dire : y en pleut quand même pas des astronautes et donc, des familles abandonnées pour cette raison ?

Cela dit. Quand les premiers coups de pioche seront donnés à l'échangeur Turcot, on sera combien de tatas à passer chaque jour la moitié d'une éternité dans notre voiture à faire la navette entre le travail et la maison, sans aucune chance d'arriver au bureau à l'heure et de revenir à la maison avant que les petits soient couchés ? Je préférerais grandement être en orbite autour de la Terre plutôt qu'en orbite autour de ma vie, sans vraiment de temps pour la vivre.

Ma tablette i-Pad et moi

C’est de loin l’objet technologique le plus intime que j’aie possédé.

L’idée de départ, c’était de pouvoir trimballer plusieurs livres lors de mes déplacements sans qu’il ne m’en coûte des douleurs à l’épaule pour cause de sacoche débordante. Déjà que mon sac-à-main, c’est en fait un sac à laptop et qu’il déborde de trucs personnels, alors quand j’y rajoute deux ou trois bouquins, ben là, allô Quasimodo. Et il est où, mon tube de Voltaren déjà ?

C’est que, de un, je voyage régulièrement pour le travail, ce qui fait que je passe pas mal d’heures dans des aéroports et des chambres d’hôtels. De deux : je lis beaucoup, et très vite. Le résultat ? Un déplacement de trois jours à Edmonton1 m’amène à traîner avec moi un minimum de quatre romans. Sinon, ça rate pas : je me retrouve en état de panique à farfouiller dans les Pages jaunes de la commode de ma chambre d’hôtel, à la recherche d’une librairie ou, au pire, d’une pharmacie, question de combler le vide littéraire. Y a une section de ma bibliothèque à la maison dédiée à ce que j’appelle mes livres d’aéroport : invariablement en anglais, récemment publiés, sur la liste des Bestsellers de je-ne-sais-plus-trop-quel quotidien canadien. Zont tous le petit sceau doré dans le coin supérieur droit affirmant que c’est très très bon. Remarquez, j’ai lu de très bons bouquins de cette manière, et bon, ça maintient la qualité de mon anglais écrit, de le lire ainsi, mais la crise de panique elle-même est de trop. Et puis mon épaule de vieille dame2 se passe très bien du poids, merci.

Bref, la tablette accomplit le miracle de me libérer du poids de mes lectures, et de me permettre de rajouter autant d’ouvrages que je le souhaite, et ce, où et quand je le veux. Par contre, pour ce qui est des ouvrages en français, faudra repasser : y a beau y avoir l’Entrepôt numérique et la Librairie Mosaïque et quelques autres, je n’y trouve rien d’intéressant que je n’aie pas déjà lu. Excellent pour mon bilinguisme et mes bursites, moins génial pour ma culture littéraire, en somme.

Ce qui m’a étonnée, ca a été de constater la place que cet objet qui n’est en soit qu’une belle bébelle Apple a prise dans ma vie. J’ai dit intime, au début de ce message – et ça l’est. La tablette ne devient utile que lorsque qu’elle a été personnalisée par l’ajout d’applications qui répondent à des besoins bien spécifiques et individuels. L’Amoureux et moi en avons chacun une – et elles ne se ressemblent en rien. La mienne fait désormais office, entre autres usages, de livre de recettes regroupant toutes mes recettes ainsi que celles que j’ai colligées au fil du temps et des sites Web. Peu importe où je suis, je peux savoir instantanément quelles sont les étoiles qui brillent au-dessus de ma tête et le temps qu’il fera le lendemain. Mes magazines y sont déposés dès leur parution – et je ne me salis plus jamais les doigts.

C’est l’amour, bref. Là où j’ai un frisson pas trop plaisant, c’est que mon job, c’est dans l’édition. (On retient les manuscrits, svp, je n’ai rien à voir avec les domaines littéraire et grand public !) Bien que je ne croie pas que les tablettes numériques puissent porter atteinte au livre vraiment, je m’inquiète pour les auteurs – vendus à rabais, ce qui ne devrait pas être, les éditions numériques minimisent de ce fait les redevances qui leur sont versées, à moins que l’entente diffère, ce que je ne sais pas. Et puis veux, veux pas, impossible qu’il ne s’en copie pas, des livres – comment stopper ce pillage ?

L’autre hic, c’est que je constate que la tablette modifie mon comportement de lectrice et je m’en inquiète. Jusqu’à récemment, alors que j’avais un bouquin dans les mains, rien n’interrompait ma lecture. Concentrée, je plongeais totalement dans l’histoire, pour n’en ressortir que lorsque nécessaire : faut bien travailler. (Sentez tout l’enthousiasme exprimé dans cette affirmation ?) Mais là, rien n’est plus pareil : sur la tablette, je lis avec toute l’attention d’une perruche face à un grelot et un miroir. Après deux ou trois paragraphes, je jette un coup d’œil à Facebook, question de savoir si Fille aînée y a déposé une nouvelle photo de Bébé. Ou bien je vais voir quel temps il fera, demain. Mitaines et tuques et une pile de Kleenex dans la sacoche, ou bien les souliers doublés et des petits gants, ça ira ? Et du coup, j’envoie deux lignes à l’Amoureux : on mange quoi pour souper chéri ?

Non mais c’est quoi, ça ?

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1. Je me déplace beaucoup pour le travail, oui -- mais j'ai jamais prétendu que c'était vers des destinations exotiques.

2. Ce que je ne suis pas. Quand même patencore.

Les chattes roupillent au salon

Matin tranquille, qui m’a donné l’envie un peu idiote de créer un blog – ben oui, une fois de plus. J’en suis à mon troisième. Quatrième peut-être même ? Sais plus. Y a dans la création d’un blog un engagement qui me semble toujours initialement simple, mais qui se complexifie au fil des jours. Et c’est là que ça devient idiot de ma part : je me lance, je suis pleine de bonnes intentions, je me promets qu’enfin, ça me ramènera à l’écriture, et puis pouf, après quelques entrées, j’abandonne. (Je vous épargne les parallèles à faire avec mes relations de couple. Vous m’en remercierez plus tard, si si, je vous le jure.)

D’abord, moi, la discipline : pffft ! C’est pas que je ne suis pas une personne organisée. Mais bon, entre les quatre heures per diem dans le trafic, le job, l’Amoureux, les trois filles, les emplettes, les repas, la lessive, les tours de livres qui s’élèvent un peu partout chez moi, reste très peu de temps. Et il me manque souvent de mots, because la fatigue.

Et puis quitte à écrire, quitte à raconter, aussi bien se dire les vraies choses, non ? Mais alors, combien de temps avant d’être repérée par l’Amoureux, les Trois Filles, les amis, les collègues, le Boss – qu’on surnommera plus loin le Petit Coiffé – la Corporation, bref, n’importe qui et tout le monde qui pourraient éventuellement être offusqués par un commentaire sagement tu sur le coup ? (Là j’avoue hésiter : n’importe qui et tout le monde, on accorde au pluriel, pour la conjugaison?)

Ensuite, point de vue platement logistique : non mais, je mets des heures à choisir une foutue carte chez Hallmark, comment diable pourrais-je parvenir à me pondre une interface de blog qui me satisfasse pleinement en moins de deux ans ? C’est qu’il y en a, des Cochez ici Cochez là, et en bout de ligne, j’aime tout de même pas le résultat. Pourquoi ça ne fait pas TOUT ce que je veux, sans que j’aie à ouvrir et refermer des millions de fenêtres d’option ?

Pas grave. Je vais tout de même m’y installer tranquillement, sur ce blog, ranger des choses ici et là, décorer un brin, j’ouvrirai pas tout de suite les portes, c’est tout. On fera la pendaison de crémaillère quand je m’y sentirai bien. Rendez-vous dans 18 mois, donc, si tout va bien.

Et si j’y suis encore, évidemment.